jeudi, 17 février 2011
Noir charbon
Vous n'avez jamais eu le sentiment qu'une révélation valait que vous y consacriez votre vie ? Quitte à mettre en péril le corps, l'esprit, l'entourage ? Jamais vous en vous êtes dit : "je ferai ça, même s'il faut que j'y laisse ma peau ?" Il y a un fossé entre ceux qui le pensent et le disent et ceux qui le pensent et le font. Nina est dans l'action.
Nina n'en est plus à un sacrifice près, elle est déjà danseuse étoile. Elle est arrivée à force de déchirements, de dressage des muscles, d'endurance à passer outre les blessures. Techniquement, elle a touché la perfection, qui a déteint sur toute sa personne : Nina est sage et belle mais elle a regard éteint. Lorsque son oeil brille c'est à l'évocation de la consécration : interpréter la Reine dans le Lac des Cygnes. C'est d'ailleurs par ce rêve que commence Black Swan, un rêve qui tout au long du film n'est que cauchemar.

Si comme moi vous en connaissez pas le contenu de ce ballet qui valait bien un thriller, je vous fait le pitch du fameux Lac : une princesse est victime d'un sort et s'est transformée en cygne blanc. Seul le baiser d'un prince peut la délivrer. Oui, c'est bien kitch. Mais v'là-t-y-pas que sa garce de jumelle se transforme en cygne noir et lui vole le prince! Le cygne blanc préfère crever que de voir ça.
Dans ce film, le chorégraphe (je déteste toujours Vincent Cassel, il me fout toujours la trouille, mais ça y est, j'ai compris que c'était définitivement un bon acteur) veut faire sa révolution en donnant le rôle des deux cygnes à la même danseuse. Nina va devoir pousser la perfection par-delà la simple maîtrise et... VIVRE! Se défaire des carcans, briser ses tabous, chercher en elle.
Black Swan c'est cette recherche profonde, accidentée, horrifique, qui fait perdre pied, confondre le réel et le fantasme. Le spectateur est en permanence entre deux. Entre deux visages, entre deux mondes, entre deux émotions. Alors pour les âmes sensibles, je préviens : baissez les yeux dès que Nina entre dans la salle de bain, la loge ou la chambre d'hopital de Beth, danseuse déchue car trop vieille.
De scène en scène, Nina devient de plus en plus paranoïaque. Elle saigne, au sens propre comme au figuré. Par stress, elle se gratte le dos jusqu'à s'écorcher, se ronge les ongles jusqu'à la douleur. Bon, vous vous en doutez, quitte à tout faire péter, elle va y aller franchement, détruire sa chambre de gamine, s'en prendre à sa mère, se shooter et même tuer... Mais bien sur le pari est relevé et Nina sera sur scène sans le besoin d'une doublure pour incarner les deux cygnes. C'est dans le Cygne Noir qu'elle s'épanouira et sentira pousser ses ailes, fatales.

Bon je vous le dis, j'ai été un peu déçue par la référence limite plagiesque du Portrait de Dorian Gray, mais je vous recommande quand même plus que fortement d'aller voir ce film qui vaut largement le prix d'entrée, parlera à ceux qui savent la difficulté de se dépasser.
Mention spéciale à Natalie Portman, évidemment, dont la performance est tout bonnement innénarable. Mention spéciale aussi aux effets spéciaux, notamment la chair de poule... D'abord discrète jusqu'à faire croire au spectateur qu'il a halluciné, elle devient un signe de possession. La chair de poule, c'est un détail, n'est-ce pas ? Mais c'est avec ce genre de détails que Black Swan est un thriller réussi, un thriller sensible. Et en effet, comment faire un film sur les ballets (même un film aussi noir que le khôl des danseuses), sans sensibilité ?
Je suis sortie du cinéma avec, bien sûr, de grands airs classiques dans la tête, et j'ai mis du temps à en sortir. Je vous l'avoue, je regarde toujours deux fois mon reflet dans le miroir depuis...
15:57 Publié dans Ronchonnismes | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note



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