mercredi, 18 juin 2008

Où est la trahison ?

1534 dans le village d'Artigat, en pays basque français. Martin Guerre épouse Bertrande de Rolls, il est donc appelé à remplir les fonctions d'époux, puis de père de famille, voué à travailler dans les champs avec son père plutôt brutal. Il n'aime pas sa femme, la rabroue sans cesse, la prend par obligation. Rien ne réveillera le désir chez lui, ni le dénouement d'aiguillette par une habitante du village, ni de se faire chahuter par des villageois méchants pendant le traditionnel charivari, ni même l'intervention du curé. Puis un jour, Martin s'en va, il fuit, sans laisser de message, sans avertir personne. Les hivers passent. Chaque jour, son père l'attend sur le chemin. Ses parents mourront du chagrin de l'attendre, sa femme va se désespérer tout en lui restant fidèle. Elle élève l'enfant qu'il lui a planté dans le ventre la veille de son départ. Sanxy grandit. Et après huit ans de silence, Martin revient. Il reconnaît presque tout le monde, tout le monde le reconnaît, la vie et la joie reviennent dans le village. Il raconte ces années pendant lesquelles il est parti faire la guerre, à Paris ou en Espagne. Il sait maintenant lire et écrire, il ramène dans sa besace de riches tissus pour les femmes. Martin est devenu un homme fort, ses relations avec sa femme sont au beau fixe, ils auront une fille.

Puis des vagabonds dorment un jour dans leur grange. Ils discutent avec Martin, puis avec le curé. Et là... "Mais c'est pas Martin ça ! moi, je le connais Martin! J'ai fais la guerre dans le nord et ce n'est pas lui! Lui, c'est... Arnaud du Thil, oui, c' est ça..."

Le doute n'en finira plus de s'épaissir, jusqu'à diviser la famille et le village. Sa nourrice le reconnaît, en enfournant sa groose main dans la machoire du présumé Martin pour démontrer qu'il a bien la dent du fonc cassée depuis l'enfance. Mais le cordonnier lui, relève un autre détail troublant : depuis son retour, Martin chausse plus petit qu'avant, or "dans le métier on a souvent vu un pied forcir, mais jamais rapetisser..."

Se mêlent les questions de parts et d'héritages, et c'est ainsi que la justice est saisie de l'affaire. Bertrande sera entendue par le juge Jehan de Corens. Martin va se défendre si bien qu'il sera accusé de sorcellerie. Au moment où Jehan de Correns, convaincu qu'il vaut mieux laisser libre un coupable que de condamner un innocent, va débouter Martin, un homme entre dans la salle d'audience. "Je suis Martin Guerre". Oui, depuis le début, c'est Arnaud du Thil qui a pris la place de l'autre, car les deux hommes se sont connus sur le champ de bataille et le vrai Martin a tout raconté avec force détails de sa vie, des détails qu'Arnaud a retenu jusqu'au dernier. Martin a perdu une jambe à la guerre, il n'est pas plus tendre qu' avant, pas plus aimant. La guerre l'a encore endurci. Arnaud sera pendu devant l'ensemble de la communauté, sous les yeux éplorés de Bertrande. Le juge Jehan de Correns le sera lui aussi quelques années plus tard pour faits de protestantisme. La fille de Bertrande et Arnaus sera reconnus par Martin. Là dedans, où est la trahison ? Est-ce celle d'Arnaud, qui usurpe l'identité de celui qui avait tout pour être heureux et a fui son bonheur ? Est-ce celle de Bertrande qui comme toute femme serait bien tentée d'échanger une brute de mari contre un amant tendre ? Est-ce celle de Martin qui les a tous abandonnés ? Ronchon a bien sa petite idée...

C'est une histoire vraie. Et un film signé Daniel Vigne en 1982, un des films préférs de Ronchon qui s'étonne de ne pas vous en avoir parlé plus tôt. Servi par un jeu d'acteur d'une extraordinaire justesse (des personnages à la fois rustres et extrêmement plausibles) par Nathalie Baye (son actrice fétiche!) et Gérard Depardieu (que Ronchon déteste partout ailleurs), Le Retour de Martin Guerre est un véritable monument. Les lumières rappelent le travail de Delatour, la bande son est absolument emballante (mais quand Ronchon la trouvera-t-elle en CD ?), le respect de l'histoire est aussi un des atouts majeurs de cette oeuvre.

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