vendredi, 09 mai 2008

Une autre commémoration...

Une de plus. Vous avez déjà compris au ton employé que c'est là le genre de choses qui horripile Ronchon. La commémoration est, à l'égal de la confession, la reconnaissance d'une faute qui n'aurait pas du se produire. Et Ronchon n'est pas de celles pour qui "faute avouée est à moitié pardonnée". Elle est plus coriace que ça. Et si elle en venait au fait ?

Le 10 mai, jour de la sainte Solange a été choisi pour le souvenir de l'esclavage et de la traite des Noirs. Oui, pourquoi ne pas dédier un jour à tous ces malheureux que nos ancêtres ont cru bien faire d'aculturer, de soumettre et de christianiser ? En effet. Mais pourquoi ne pas aller plus loin qu'un bouquet de fleurs et une lecture larmoyante du rêve de Luther King ?

Ce dont Ronchon a peur c'est que le 10 mai ne se sentent concernées que les communautés descendantes d'esclaves. Ronchon ne connaît pas la ville de Nantes, mais elle connaît Bordeaux, autre port qui doit sa richesse autant aux productions viticoles qu'à l'or sale de la marchandise humaine. Ce 10 mai, à Bordeaux, la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, elle-même petite fillote d'esclaves haïtiens fera partie de l'affiche. C'est très bien, c'est une belle photographie à faire pour les canards locaux et c'est bien la moindre des choses. Or, ce n'est qu'un symbole, qui n'efface pas le passé ni son exploitation outrageuse par la ville de Bordeaux elle-même.

Savez-vous que des reproductions de mascarons sont en vente à l'office de tourisme de la capitale girondine ? Les mascarons, ce sont des sculptures ornementales qui surplombent les portes d'entrées un peu partout dans les vieilles rues, qui représentent parfois de jolis visages européens et de temps en temps, des têtes monstrueuses sensées représenter des têtes d'esclaves noirs. Et ce sont justement celles-là que le touriste italien ou allemand peut emporter sur une plaque de grès pour la faire trôner sur son manteau de cheminée.

Savez-vous combien de rues portent le nom d'un négrier à Bordeaux ? 17, et voici la liste : Balguerie, Stuttenberg, Vignes, Nairac, Gramont, Mareilhac, Gradis, Laffon, Baou, JOurnu, Feger, Guérin, Saige, Bigo, Laine, Bethman et Cabarrus.

Alors non, Ronchon ne peut pas taper à bras raccourcis sur les organisateurs des commémorations du 10 mai, elles sont nécessaires, notamment dans les hauts-lieux de la traite des Noirs. Ronchon sait bien qu'on ne refait pas le passé. Ronchon encourage tous ceux qui seront présents demain. Elle-même par cette note démontre combien la question lui tient à coeur. Pas question de proposer de nouveaux noms à ces rues, rebaptiser l'un de ces passages Aimé Césaire, ne serait-ce pas là le comble de la faux-culterie ? Ronchon préfèrerait que s'arrête le business des mascarons, qui est encore une façon éhontée de faire son beurre sur la mémoire des esclaves. Ronchon voudrait que fleurissent les plaques explicatives, dans les recoins de la ville pour expliquer en français, en anglais, en espagnol, en allemand, qui sont ces Bethman, Journu et Balguerie.

Ronchon surveillera aussi de près l'évolution du projet de Mémorial de l'esclavage dont il est actuellement question à Bordeaux. Car Ronchon sait bien que les combats sont longs et que ce sont les porte-drapeaux qui font les guerres.

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